[ Ce n'est pas la toute-puissance de Dieu qui nous menace... mais sa douceur. ] [ A F ]

 

 

 

 

 

IL  Y  A  UN  AU TRE  MOND E

 

 

 

 

 

Qu’est-ce que tu dis

on a loupé quelque chose

la marche

j’entends pas l’eau

j’entends pas l’eau venir vers toi

répète encore un peu

répète encore un peu après-moi

pour voir

répète un peu plus fort

c’est ça brin

et bras

du bord de la rivière

c’est ça se suivre encore un peu

pour trouver un autre monde

un autre espace encore plus petit

purifie-moi de l’alphabet

en miette

nage indienne sur le dos

j’ai perdu le chemin le trait de la marque du départ

pourpre

comme nos années de coquelicots perdues dans nos poches

des articulations dénuées de sens et de mouvements contraires

pour trouver l’autre monde

une ville perdue dans l’estomac des proses

pour que je me retrouve enfin en face de toi

dans le prolongement du bonheur et des décombres

un hématome

je reconnais ma voix dans tes silences

quand tu me parles comme ça

j’aimerais que ta phrase me traverse le pied pour me perdre avec toi

dans n’importe quelle ville

j’aime pas le silence quand il est comme ça

la corde qu’on retient de toutes ses forces pour ne pas tomber

dans l’autre monde

un autre monde qui viendra surement

un jour

il faut attendre que le sable se retire de nos larmes pour trouver un peu de sel dans nos mains écrire dans l’autre monde

un livre éblouissant pour les primates et pour les morts

dans nos scaphandres de l’eau bénite

du vin de la salive pour nous écrire

nos dernières lettres

nous traversons une cour près de la rivière

tes écarts de voix

le nom des villes que nous avons traversé les yeux fermés

tu les entends

tu les entends au fond des livres ouverts comme des genoux salis par de la terre où étions-nous

et dans quel arbre avons-nous vu pour la dernière fois ce fruit

qui nous a mordu la langue

entourée d’abeilles et de chenilles au poignées

dans quelle couleur as-tu choisi de vivre

ici ou là-bas

un autre monde

tu cherches de l’eau pour me laver les pieds car nous devons marcher jusqu’à cette rose bleue perdue entre le ciel et l’eau

de l’autre monde

oui c’est ça

de l’eau non purifiée dans nos mains qui flottent dans l’air pour nous noyer dans les yeux fatigués des boudas et des dieux touchés par la foudre plantés là comme nous tous

en train d’attendre un autre monde

 

 

 

 

 

un autre monde

quand j’entends ta voix

tu veux rouler toute la nuit pour rejoindre l’autre monde

des villes aussi puissantes que des fontaines pour se transpercer la voix

je t’écoute dans la nuit non performante compter tes plaies et tes blessures

je distingue mal

qu’est-ce que tu dis

qu’est-ce que tu dis

à mon oreille

qui me rentrait dedans

remet-moi dieu

le silence des cathédrale dans le cœur l’élan pour se perdre dans une camisole de force

un corps

ta voix qui tremble un peu

je te quitte

je perds 

où est la dernière lettre que tu ne recevras jamais

qu’est-ce qu’on a fait de toute cette cendre après qu’on est tracé le cercle derrière nous

des noms de quoi

et nous dedans en train de nous débattre avec nos propres fantômes

un mouchoir blanc la dernière chose qu’on a pris avant de rejoindre l’autre monde

c’est ça qui nous a heurté dans le ventre

la petite voix des fées