A Simon de La Brosse Savannah Édouard Levé Kurt Cobain, artistes marqués par la souffrance du double et du dédoublement

 

 

 

 

 

Il est l’heure de recommencer les contours tu es loin maintenant beaucoup trop loin pour venir ici compter mon ongle dans mes bouches.

Je m’attends j’écris je me suicide un peu oh pas longtemps non pas longtemps quelque gouttes entre mes mains qui tombent.

Avec l’ombre des conifères au loin qui se balancent ici dans la cour.

Qu’est-ce que c’est beau le ciel quand nous marchons côte à côte dans la cour.

Moi j’oublie tout.

J’oublie tout j’oublie même d’exister j’oublie tout.

J’imagine qu’on vient me chercher par la main j’imagine un lac immense où nous avons noyé les bêtes pour ne plus les entendre.

Enfant on ne savait pas nous c’est eux c’est les autres enfin c’est les plus grands.

Nous on était dans la grange qui prenait feu on avait peur de parler peur de dire ce que l’on n’avait jamais vu.

On savait on savait tout sur le désir l’amour la mort et sur le deuil.

Les longues plages devant nous pour oublier le temps.

Le sable qui colle sous la langue quand les larmes étaient plus fortes que tout.

Le soir et la pluie comme un uniforme un peu trop lourd que j’ai porté la dernière fois quand je t’ai mis dans la terre avec tes parents.

Je te portais à bout de bras la cendre était encore chaude dans mon cœur.

Il y avait une vitesse extraordinaire à ne pas dépasser entre les deux formes étranges qui pouvait être un cercle ou autre chose et nous voilà dedans.

Qui absorbons les jours à venir les journées immenses dans les horizons sanguins en train de tomber dans la mer avec toutes les fleurs que nous avons jeté dans la direction du vent.

Je crois que tout est fini tout est terminé tout se consumera avec la pluie nous pouvons partir dans la direction du vent nous aussi.

Il y a la mémoire des amours fous des peurs qui serrent le ventre avec la feinte du corps pour ne plus avoir mal quand le corps est posé là devant nous comme une balise un endroit sec un hématome.

Une cicatrice.

À nous de la contourner à nous d’être plus fort que la dernière fois je n’ai pas pu non je n’ai pas su trouver les mots.

J’étais trop mal j’étais devenu quelqu’un d’autre.

Alors à toi et à toi seul maintenant de traverser les déserts à plat ventre comme s’il pleuvait des larmes et des vents contraires dans le cœur d’un homme tu dois te relever tu dois faire quelque chose.

Il y a toute ton histoire qui passe sur un écran géant quand le livre est ouvert sur la table.

Tu veux tout calculer tu veux tout savoir tu veux brouiller les pistes tu ne cherches plus ta route quand tu es perdu.

Tu rajoutes une couleur là et puis là tu cris plus fort que les autres jours mais plus personne n’entend plus personne n’est là pour t’entendre dire que tu es seul.

Et tu voudrais mourir un peu.

As-tu été un enfant comme les autres as-tu été un enfant comme les autres ?

Tu calcules les chances qu’il te reste encore.

Tu peints des autoportraits sur du silence 17 jours avant ta mort.  

Edouard Levé se lève pour écrire une dernière lettre à sa femme et va plier le cadran dans les heures les heures dans du papier journal.  

Et si le temps était compté et si le temps était dans la marge d’un cahier transparent pour regarder son corps écrire.

Quelle catastrophe et puis quoi d’autre ça ne sert à rien tout ça même pas à vivre.  

Qu’est-ce qu’on pourrait faire aujourd’hui qui n’a pas bien fonctionné hier je te le demande à l’intérieur de moi.  

Edouard Levé se lève avec un téléphone à la main et se dirige dans la chambre de ses enfants pour leur dire que tout va bien.

Qu’il ne faut pas s’inquiéter comme ça que c’est un mauvais moment à passer dans la vie d’un homme.

Que papa vous aime que papa est en train d’écrire un nouveau livre qui parlera d’amour d’amour et de désir.

Peut-être aussi d’une femme.  

Et qu’il faut le laisser tranquille avec ça car c’est son histoire à lui je vous embrasse sur la peau les enfants.

Papa vous embrasse je vous aime prenez bien soin de vous je vous embrasse je vous aime je vous embrasse prenez bien soin de vous.   

Papa vous aime.

Vous êtes mes amours.