MON ENFANT RUSSE


 

 

 

 

 

 

 mon enfant russe

 

 

 

 

 

 

 

                  Mon enfant russe, à qui je donne le ciel, du lait avec ma bouche, du sucre avec ma langue, du sel sur la blessure, pour nourrir ton sein, sans rien à attendre en retour, je sais je sais tout ça, je sais où ça nous emmène, ça finira un jour, ensoleillés pluvieux, la fenêtre c’est comme une parenthèse, pour te rejoindre encore, toi qui veut défier le temps, toujours plus haut toujours plus fort et une minute après, tout s’arrête tout s’arrêtera un jour, mon enfant russe, qui a faim qui a soif, je te serre dans mes bras, comme toi j’étais perdu, je te donnerais toute ma force, une voix pour t’endormir, de l'eau pour te laver le corps, les cheveux les dents, un liquide saumâtre bleu foncé, quand tu t’endormiras sur elle, tu dois partir d’ici, un nouveau souffle, tu es dans les cordes, un chemin clair qui t’attend là-bas, peut-être qu’on était sur un fil, peut-être qu’on était dans un tunnel, peut-être que tout se casse en deux, et brûle en nous, mon enfant russe, mon corps humain, ma phrase quand je ris je pleurs, il y a mille façon de faire, une seule façon de mourir, d’écarter la bouche, pour boire et tu le sais très bien, tout se détruira un jour, chante mon enfant chante, monte dans le ciel, redescend dans la terre, chante mon enfant chante, des certitudes inutiles, en aléa, on était dans les non-dits, tous les deux, écrire comme si c’était facile, ce cristal dans le ventre, pointu si transparent, comme une fonction comme un désir, une drôle d’embarcation sur la mer, son homme par ricochets, par plaques et par phalanges, on bouge on bouge encore, ne sens-tu rien venir, on bouge on bouge encore, on va peut-être se faire mal, habile il doit y avoir une méthode, une manière stricte une manière forte, de s’écouter de voir et de s’entendre, mais personne ne parle ici de ses odeurs, des climats doux, astatiques dans le coeur, ça nous endort ça nous défait, cette capacité que nous avons tous, à être des hommes et des femmes, il y a un endroit, par accident, un cœur bienveillant à prendre, l’amour, mais son chemin est tracé dans les ronces, ça nous fait mal, ça nous enlève de la peau sur la bouche et en-dessous des ongles, à la poitrine, mais t’en n’as rien à foutre, hein, quand tu me regardes comme ça avec tes grands yeux, de chat, d'animal triste, t’en n’as rien à foutre de moi, où es-tu, l’invention du monde, dans quel ventre, à quoi tu penses, est-ce que tu penses à moi, une seconde à me défaire de tout, à me défaire de toi, mon enfant russe, mon petit soldat, il faut que je dorme à présent, je suis fatigué, écoute, je me suis blessé à l’oreille, l'autre jour, à l’arcade de la ville, il y a ton sang maintenant, dans le mur d’une église, il y a aussi l'homme crucifié, celui qui nous aime, et qui nous tend les bras, comme une fissure entre nous, on la retrouve un peu plus bas, je ne suis pas très comestible, pas très présentable, alors je m’échappe un peu, j’en ai loupé des choses et des couleurs, avant de venir ici, au monde, devant toi, la ville se construisait, on libérait des champs d’oiseaux, pourquoi tu n’as rien dit, mais c’est lui qui décide, c’est dieu c'est ça, c’est le monde c’est rien du tout, un peu d’amour un peu d’amour aurait suffi, on croit mieux se comprendre, on croit mieux se connaître, on croit comme ça sortir de l’autre, on se met un doigt dans l’œil, on n'avance pas, on est immobile, et on a mal aux ventres, il faut se battre, il faut trouver un sens, une vie d’homme est passée par là, dans la frontière du corps, il y a un passage, une langue étrangère, que je ne connais pas, le visage de mon enfant, m’engouffre dans le sol, comme la foudre d'un orage, la première source que tu vois, là-bas, c’est la lumière et l’eau qui tourne autour, cette dimension nouvelle, c’est nous-même, nous-même et rien d’autre, quand je te vois, il y a des choses qui ne s’effaceront jamais, et on les porte comme un enfant sur le dos, je créverais avec, il y a des cibles il y a des flèches, un jour j’avais 10 ans, une vague m’a fait tomber dans l’eau, dans la violette, dans la rosace d’un livre blanc, ouvert posé en plein soleil, j’avais un trou dans la peau, et je voyais ma langue au travers, son volume d'eau son poids entré, son odeur et son parfum, laissé dans le corps d’une femme, je me suis laissé fondre et laisser mourir, comme cet animal blessé, qui n’attend plus rien, il y a mille façon de faire, et défaire le temps, pour mesurer la distance qui nous sépare, œuf jérémiade oxymore, mon enfant russe, ma petite gueule d'apache, mon venin, qui me fait baisser la tête, le corps tout entier, mon chemin trouvé dans les ronces, qui ne parlera jamais ma langue, tu connais le vide tu sais le mal profond, alors il faudra encore attendre, le manque est une histoire vivante, comme une répétition de coups, dans la mémoire, je n’ai rien écrit ce soir, pas le goût ni la force, quelles sont les grandes valeurs, l’amour, peut-être que c'est ça le grand truc, finalement, dire bonjour à sa mère, ne pas détruire un arbre, ne pas cracher par terre, chassés la voie au naturelle, il reviendra au galot, comme une tempête, un roman pour les enfants sages, je m’inonde je me noie, je sais je sais tout ça, je suis noyé sous la cascade, quand il a fallu donner de mes nouvelles, je n’ai rien écrit depuis si longtemps, je suis sec, retourné, peut-être que je suis malade, je sors de chez moi je suis dehors, j’entends de la musique, c’est la voix d’une femme russe, étrange qui m'enveloppe le sang, qui chante les yeux fermés pour son enfant mort, qu’elle porte dans sa voix, le chant des morts le champ des morts, dans la ville morte, tout le monde s'en va, autour d'elle, le démon des orphelins et des mendiants, je crève de te savoir en moi, les yeux brûlés quand je suis dans la neige, le soleil qui reviendra demain, tout remettre en ordre, et tout remettre en place, c’est ça on se suivait, c'est ça, tes pas dans la distance qu’il restait à faire, je les ai perdu derrière toi, j’ai tout perdu, tout, quand j’avais le dos tourné, soleil soleil bizarre, qui tourne dans le ciel, comme une hirondelle, un oiseau noir, avec un bruit glacé, qui tombe du ventre, un truc très lourd, une poche comme un abris, avec une feuille pour écrire, c’est un fantôme qu’on serre dans ses bras, dans l’écriture et dans sa tête, il y a cette foi en dieu qu’on ressent, dans le duvet des oiseaux morts, mon enfant russe, mon enfant, mon petit soldat, dans la pratique, faisons une prière ensemble, même si c'est la première fois, comme un tourbillon permanent, géant qui passe au-dessus de nos têtes, j'aimerais trouver la clé, j'aimerais te répondre, trouver la solution, connaître la vérité, sentir tes cheveux ton corps, le lait que tu me donnes, pourquoi sommes-nous créés comme ça, mon enfant russe, ma poupée, ma petite gueule d'apache, d'ange, pourquoi sommes-nous comme ça ?