Joël Deprez

 

 

 [ Celui qui doit mourir est mort,  dit Euripide, et celui qui est mort n’existe pas. ]

 

 

 

dis dis-moi pourquoi tu me regardes comme ça de quoi j’ai l’air j’ai l’impression de voir des scènes de guerre tout autour de moi une pièce de théâtre un amant fou qui se coupe la lèvre avec l’épaule pour embrasser le vide c’est loin tout ça c’est loin la coupe au lèvre est pleine la coupe au lèvre à sang liquide un verre d’eau posé sur la table en équilibre va tomber au milieu de nous une ombre qui bouge à peine un vêtement rouge à la limite à la taille verticale qui rentre dans le cou l’épaule et la rumeur qui gonfle la voile pour mieux partir pour aller n’importe où je me retiens à nos pas et d’être ce que je ne suis pas encore avoir été un souvenir une montre cassée sur le chemin un homme qui passe un homme de trop j’ondule je m’accroche à cette branche je perds le lait l’astre et la lumière de ta peau à travers champ pour avancer plus vite aller-retour cortex si je te pousse je tombe aussi je sais tout ça j’écris le soir sur ton dos quand tu t’écartes un léger souffle un point de vue sur le cheval un trait dans l’horizon dans le métal et je m’en vais sur le côté des choses compter les jours ou je m’absente loin de toi loin de nous loin des enfants loin d’être une femme loin d’être un ange pour faire l’amour avec un homme même mort au chevet médicaments jetés dans la nourriture et l’alcool on me transporte je tiens debout une fleur pour mille raisons d’aimer je m’agrippe à un bourgeon en fleur pendant que je brûlais une fleur sur la tombe d’un chat qui a griffé debout l’azur le temple où tu m’as tué vivant rose comme tes dents pour que je laisse quelque chose dans la terre une chaussure la laisse du chien mes dents en train de me mordre j’encaisse les coups l’orage qui fait plier les bêtes au loin je mets de la couleur une couleur pâle sur mes joues pour être un mur la page déchirée d’un livre un truc qui ne tient pas vraiment comme ta robe captivante ensoleillée dans mes dents blanches mes dents roses dans ta brosse à cheveux quand tes cheveux me peignaient jusqu’en haut pour habiller la fosse le creux de la bosse entre les doigts du sous vêtement blanc qui gonfle avec le désir j’ai trouvé un dé à coudre pour calmer ma soif entre toutes les qualités que je n’ai pas pour être un bon amant je vais brûler dans un virage me rendre pour de bon le souffle articulé des peaux qui saignent comme un fruit sacrifié coupé en deux sur la table très long visage des yeux bleus une mangue quelque figue la passion cette mer morte qui a creusé son chemin juste avant que la nuit ne tombe il faut que je me repose il ne fallait plus correspondre avec personne nous devons nous perdre pour tout recommencer ailleurs un coup de poing dans le ventre j’en ai compté des blessures dans la couleur de la robe du cheval qui nous brûlait les mains l’aisselle à plat ventre quand tu mordais mon cou pour voir la mer d’un peu plus près je suis l’homme de trop qu’est-ce que je te sens bien quand nous sommes loin de l’autre tu le sais tu l’as écrit dans ton journal intime je n’ai plus de secret la fleur bleue d’un tilleul nous protégera les yeux baissés du ciel si l’on tombe du corps un jour de la falaise les pas placés dans l’eau pour nous surprendre quand tout est fini au sommet des bras tu trembles un peu vers les genoux c’est l’os le plus brillant que je connaisse il est très doux il rentre dans la peau tu les entends les enfants dans la cour derrière la porte qui ne s’ouvrira qu’à 2 heures 15 du matin vers l’épaule un banc pour nous quitter et nous revoir de temps en temps tu as coupé tes cheveux j’ai vu du vernis à ongles tes pas pour venir jusqu’ici tu m’as perdu 100 fois tu vois comme mes mains tremblent quand j’ai peur j’ai peur que tout recommence avant que la nuit nous sépare médicale ouvrir le ventre mots frontières qui me séparaient de moi pour accomplir finir tous tes gestes avant moi finir avant que la nuit nous avale le sale boulot du fer qui écartait la bouche pour que je parle à bouddha monstre derrière la porte à mon père qui m’étranglait la jambe pour avancer vers lui j'ai écrit j'ai creusé j'ai cherché j'ai écrit j’ai calfeutré le corps de l’autre pour apprendre que j’en avais un aussi moi de corps plus parfait qu’un bateau prisonnier dans le sable des vents contraires pour écrire sur ta peau le dédoublement des orages larges qu’il faut se mettre dans le crâne pour ne plus en avoir peur j’ai compté jusqu’à cinq gainé comme un caillou pour transpercer le vide dans un sac poubelle j’ai fait 59 kilomètres aller-retour pour mourir au pied d’un arbre combien d’homme sont tombés avant moi j’ai peur de la nuit j’ai peur qu’il revienne je sais tout ça je sais qu’ils ne me laisseront jamais tranquille depuis le temps que je leur parle je sors de moi pour me reconnaître un peu je suis tout le contraire de ce que j’ai dit aux voisins je suis bon je suis sage je sors de la pénombre pour embrasser tes pieds qui me font mal la plante vénéneuse l’ardoise et le soleil qui marche dessus le feu l’attente d’être dans tes mains pour être un homme et m’élever au ciel je crache plus loin que mon ombre pour savoir si les murs autour de moi tiennent encore sont-ils là sont-ils vrais j’ai peur de la falaise du coquelicot qui va s’ouvrir en bas si je me jette est-ce que je sentirais mieux ta bouche ouverte quand je voulais de l’air pour disparaître on retrouvera mon corps calciné dans un trou au petit matin par des chasseurs et des enfants dis-moi un dernier mot d’amour sur cette plage ingurgitée par quatre litres d’essence dix longues minutes avant de toucher le sol pour voir que tout s’arrête au bout de ce chemin boisé une goutte d’eau sur l’écaille d’un poisson glisse sur moi et c’est toute la forêt que je cherche dans ma main pour écrire ton nom entre mes lèvres