j’aimerai revenir parmi vous sur le dos, par n’importe quel chemin, pour accompagner tous vos délires, comme, sauter à la corde, devant un homme, à qui on a coupé la jambe, et j’ai baissé les yeux, je ne suis pas allé jusqu’au bout, j’ai pas eu la force, j’ai lâché prise, quelque chose c’est cassé en route, je ne peux pas l’expliquer, et toute sa vie, on cherche ça, dans le regard de l’autre, je dois donner de l’air, à ma strangulation, pour respirer normalement comme vous, et comme vous, très souvent, jour et nuit, je m’emmerde, alors j’écris, pour combler le vide, et l’espérance de vie, je trace des grands traits sur une feuille, parfois invisibles, mes chers disparus me manquent un peu, sauf sous la pluie, il se passe toujours quelque chose, un truc sous la pluie, mais le soleil c’est bien aussi, ça réchauffe la voix, les cheveux, le linge sèche plus vite, on gagne du temps, et le temps c’est précieux, non, le temps, chaque seconde tue, tu es mort, adieu, bye bye, tu ne fais plus parti du monde des vivants, il se passe toujours quelque chose sous la pluie, un jour je t’écrirai un livre, si t’es sage, si tu penses un peu à moi, mais on est loin, on est loin de tout, dans la ville, pourtant on avait tout, tout était possible, alors j’écris, je cris, j’ouvre des portes, je m’invite, pour vous laisser passer, tu n’es jamais revenue, j’ai lâché prise, le livre, que j’ai sous les yeux, j’aimerai que tu le trouves beau, que ça te renverse, et que tu me le dises, car toute sa vie, on cherche ça, après, dans le regard de l’autre, de l’amour de la tendresse, peut-être un dieu, maléfique, regardez-vous, plus près oui plus près, mués, transpirez dans l’autre, retrouvez-vous, est-ce que vous sentez la même odeur que moi, que l’autre, que toi, retrouvez-vous, approchez, plus près plus près, encore plus près, n’ayez pas peur, d’être un double, d’être un calque, d’être en vous, de donner la main, toujours plus, n’ayez pas peur de vous toucher, de vous apprendre, dédoublez-vous, prolongez-vous, dis-moi la vérité, l’ombre et le dégout, la sentinelle, l’endroit pour se cacher, dans les ronces, pour ne pas être pris, s’aimer, c’est ça s’aimer, comme on peut adorer un dieu une ville une forêt un homme, pour nous laver le corps et puis l’esprit, va au plus profond, descend, remonte le fleuve, va à la conception, retrouve les couleurs de la robe et de la chambre, le pont qui a donné l’envie, l’envie qui a donné le souffle, on doit tous avancer dans la même direction, si l’on veut mourir ensemble, il doit se passer quelque chose, il doit se passer quelque chose, il doit se passer, est-ce que vous sentez la même odeur que moi, vous devez sentir quelque chose maintenant, qui monte en vous, fermez les yeux, votre corps est un minuscule papillon, noir, pris dans les ailes, d’un rideau, fermez les yeux maintenant fermez les yeux, fermez les yeux, j’aimerai sentir ici : l’odeur des fruits coupés qui débordent encore, l’ombrelle sur une plage déserte avant la pluie, les soleils profonds qui n’en finissent pas de volés, d’émettre des sons inaudibles, tous les insectes prisonniers dans nos orages, les dimanches sucrés, trop sucrés peut-être, la bouche ouverte, le cloche pied des nuages, pour nous laisser passer, le silence de la statue grecque, antique, complètement détruite, à son épaule, les premiers mots d’amour, la main qui vous dessine des trucs derrière le dos, que la nuit donne encore à son ventre, la vraie couleur de la peau, verte qui glisse sur les larmes rouillées du grand bain, le ventre arrondi des belles promesses, avant l’azur qui n’en finit pas, la veine toute bleue des souvenirs, le train sans elle et tous ces visages qui défilent, s’embrassent et se bouffent les mains, comme la nué d’oiseau sombre sur un morceau de pain mouillé, l’eau douce des matins trop calmes, l’odeur d’un tissu posé sur ses lèvres, avant l’envie, la jambe coupée, qu’on retrouve au matin au fond de son lit…