SAMO
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Tout a commencé comme ça.
Hiver.
J’étais malade assez grand j’étais pas bien du tout j’avais des blessures liées à un accident de la route. J’étais dans une chambre d’hôpital avec quatre 5 lits pour 4 ou cinq personnes.
Je n’avais rien d’autre à faire qu’à regarder mes mains guérir avec le temps, qu’à sonder mes peaux mortes pour qu’elles retrouvent leurs couleurs d’origine, qu’à observer des courbes graphiques et bien réelles avec des phrases toutes faites écrites sur des notices blanches dans des boites de médicaments de toutes les couleurs. Sécables et par rangées de dix.
Au bout de 45 minutes tout est dans la bouche tout est dans les yeux.
La mauve pour les douleurs de peaux la orange contre les insomnies la jaune et bleue à utiliser uniquement chez l’enfant et l’adolescent de moins de 12 ans.
J’avais sept ou 8 ans.
Pas plus.
Ma mère qui venait très souvent me voir à l’hôpital m’avait offert un jour un lire d’anatomie. Un ouvrage chirurgical assez ancien intitulé :
GRAY’S ANATOMY
Où les corps sont peints en transparences où les corps sont nus et squelettiques. J’avais 7 ans. Je m’en souviens très bien maintenant.
Huit ans pas plus ça redescend.
Quelque part ce livre influença fortement toute ma vie toute mon aptitude artistique et ma perte. J’ai maintenant 17 ans.
J’ai retrouvé l’usage de mes mains. Je marche sur les toits. Je prends des risques. [Je sais mélanger des couleurs vives avec des couleurs mortes sur n’importe quels supports possibles. Et magnétiques. Je prends toutes surfaces accessibles autour de moi. Des voitures des caves des chantiers des galeries de la peau des T-shirts des labyrinthes des chaussures de baskets.
Je lui ai dit tes sexes doux ma dent dessus de lait tes codes la coque d’un téléphone portable une île on est en train de remuer de la terre plus jeune que nous je veux.
Peindre mon père partir en mer dans le feu pas à la maison ce n’était pas toujours rose.
C’est en bas d’un escalier sale dans un taudis que j’ai appris les différents contrastes et la peinture figurative. Je colle un timbre d’un franc cinquante cinq sur une enveloppe bleu ciel ouverte sur des panneaux multiples et surlignées en jaune.
Je peints l’enfant radieux fier de ses origines africaines. Je peints des masques et des comportements d’opposition. Je peints trois flics en train de butter l’enfant radieux en bas de son immeuble.
Mes bras sont blancs et désarticulés. Ma tête est légère comme un ballon. Mon corps est un élément tiré entre deux bâtiments neufs sur une grande toile nerveuse et énergique.
Je suis black d’origine hispanique.
Je suis blanc tout dispersé.
Je suis aussi chanceux que le néo-expressionisme urbain de mon époque. Je vois des hélicoptères pris dans le ciel bleu de Manhattan qui ne reviendront plus jamais se poser sur mon travail d’identification.
Je suis SAMO.
samo SAM Old shit.
Qui peut se traduire en français tout simplement par vieille même merde.
Je m’appelle Jean-Michel Basquiat.
Je suis mort tragiquement d’une overdose à l’âge de 27 ans.
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