: : : : : : : : : à hervé guibert : : : : : :
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à hervé guibert
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:tout un été pâle entre les mains, dans la chambre blanche, à répéter, seule
j’aime répéter seule
répétez, après moi
tout un été pâle entre les mains
ce matin
la lumière est entrée dans un cercle
froid
projection sur écran noir
amovible et lent dans la lucarne inondée de petits cris qui glissent :
œil soleil sexe
œil malade
soleil pâle
sexe mort
et roues de bicyclettes
il est beaucoup question d’amour, d’échange et de retour, question d’effrois, de corps. Textes déstructurés, aussi de peintures et de petites figures exsangues dans le dos qui servent d’éponges
presque noires
en tout début d’après midi
travelling avant, une caméra sur l’épaule
la caméra explore les os
les corps, d’autres corps, étrangers...
des barques fleurissent de peaux brûlées
le sang caresse la pourriture
châtiment expérimental
agrandissement de la ligne blanche sur la route où mon ombre disparaît
je regarde comme un ciel bleu la petite goutte de métal me transpercer le cœur et les poumons je regarde comme un ciel bleu la petite goutte de cœur et de poumon me transpercer le métal
une caméra sur l’épaule digitale ou numérique, plutôt numérique je crois que
mes vêtements puent, la main savonneuse étend mes peaux sur les flaques, l’humidité de l’œil ne va pas plus loin, mon cul planté dans l’aine, ton doigt dans la bouche pour que je dégueule enfin, je sonde, j’avais recraché transparent, l’aliment jaune hier, des peaux mortes, et tout mon sang presque sec
envie de vous dire toute mon exigence et tous les cheveux blonds dans l’évier blanc que je perds
envie de vous dire le cap difficile de la quarantaine à passer
envie de vous dire toute l’intransigeance, les choix difficiles, et le souvenir troublant de certains textes déchirés par le temps et la mémoire
l’emballage plastique des seringues difficiles à défaire
l’odeur des pansements usés, ma propre merde entre les doigts, avant les opérations
envie de vous dire tout le poids d’un silence qu’il y a dans une bouche en face de quelqu’un qui ne parle plus
moi devant cette glace, cette grande fille blonde complètement déglinguée, à me réchauffer la voix quand la peau se fissure et quand l’amour est impossible à faire
c’est comment vous dire, nous sommes tous réunis là autour d’un corps posé sur une petite embarcation, et nous laissons partir au loin ce corps, sur une eau très calme
travelling avant, une caméra sur l’épaule, je préfère une caméra sur l’épaule, c'est comme ça depuis longtemps, ma bouche et mes yeux sur l’éphéméride des clavicules brisées, l’ombre de ma main dans l’incapacité de faire taire la pluie, l’inaction du vent dans la détonation des grands jardins, il faut pleurer, pleurer encore, et puis sourire, la main que l’on recherche ce veut inaccessible et transparente, je cours sous des grands arbres à la recherche de ma grande sœur disparue beaucoup trop tôt des tombes
mon visage plonge dans des pierres pour exercer des griffes il faut que je m'accroche
l’ombre est dans l’incapacité d’ouvrir ma main
qu’est-ce que je cache
que m’avez vous appris
votre bouche triomphante avale mon visage
ma poitrine ce fruit mort ou se nourrit l’insecte
encore une fois de métal et de fleurs empoisonnées comme
cette tache de sang que je sens glisser derrière mon dos elle ne m’invite à aucun retour
ce projectile broie toute forme d’oiseau
les poupées des enfants que je n’ai pas eut se sont endormies sur des taches de lait
j’aime répéter seule, répétez après moi
tout un été pâle entre les mains
tout un été pâle entre les mains
après moi derrière la glace ou derrière la vitre dans mon corps
je disparais
je suis déjà morte
morte
je reviens sur mes pas
pour te dire
que
la lumière est entrée
dans un cercle :
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Hervé Guibert, journaliste, romancier et photographe. Quelques mois avant sa mort.
http://www.youtube.com/watch?v=zOFh0Lv6jZM
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