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suicide toi mon fils [ d i v ]
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18 mars 2011

: : : : : : : : : à hervé guibert : : : : : :

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à hervé guibert

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:tout un été pâle entre les mains, dans la chambre blanche, à répéter, seule


    j’aime répéter seule


    répétez, après moi


    tout un été pâle entre les mains


    ce matin


    la lumière est entrée dans un cercle


    froid

 

    projection sur écran noir

amovible et lent dans la lucarne inondée de petits cris qui glissent  :


    œil soleil sexe


    œil malade

    soleil pâle

    sexe mort

et roues de bicyclettes


    il est beaucoup question d’amour, d’échange et de retour, question d’effrois, de corps. Textes déstructurés, aussi de peintures et de petites figures exsangues dans le dos qui servent d’éponges

presque noires

 
    en tout début d’après midi

 
    travelling avant, une caméra sur l’épaule


    la caméra explore les os


    les corps, d’autres corps, étrangers...


    des barques fleurissent de peaux brûlées


    le sang caresse la pourriture

    châtiment expérimental

agrandissement de la ligne blanche sur la route où mon ombre disparaît

 

je regarde comme un ciel bleu la petite goutte de métal me transpercer le cœur et les poumons je regarde comme un ciel bleu la petite goutte de cœur et de poumon me transpercer le métal

 

 

    une caméra sur l’épaule digitale ou numérique, plutôt numérique je crois que

    mes vêtements puent, la main savonneuse étend mes peaux sur les flaques, l’humidité de l’œil ne va pas plus loin, mon cul planté dans l’aine, ton doigt dans la bouche pour que je dégueule enfin, je sonde, j’avais recraché transparent, l’aliment jaune hier, des peaux mortes, et tout mon sang presque sec



    envie de vous dire toute mon exigence et tous les cheveux blonds dans l’évier blanc que je perds

    envie de vous dire le cap difficile de la quarantaine à passer
    envie de vous dire toute l’intransigeance, les choix difficiles, et le souvenir troublant de certains textes déchirés par le temps et la mémoire

 

    l’emballage plastique des seringues difficiles à défaire

 

    l’odeur des pansements usés, ma propre merde entre les doigts, avant les opérations

 

    envie de vous dire tout le poids d’un silence qu’il y a dans une bouche en face de quelqu’un qui ne parle plus



    moi devant cette glace, cette grande fille blonde complètement déglinguée, à me réchauffer la voix quand la peau se fissure et quand l’amour est impossible à faire


    c’est comment vous dire, nous sommes tous réunis là autour d’un corps posé sur une petite embarcation, et nous laissons partir au loin ce corps, sur une eau très calme

 

    travelling avant, une caméra sur l’épaule, je préfère une caméra sur l’épaule, c'est comme ça depuis longtemps, ma bouche et mes yeux sur l’éphéméride des clavicules brisées, l’ombre de ma main dans l’incapacité de faire taire la pluie, l’inaction du vent dans la détonation des grands jardins, il faut pleurer, pleurer encore, et puis sourire, la main que l’on recherche ce veut inaccessible et transparente, je cours sous des grands arbres à la recherche de ma grande sœur disparue beaucoup trop tôt des tombes

 

mon visage plonge dans des pierres pour exercer des griffes il faut que je m'accroche

    l’ombre est dans l’incapacité d’ouvrir ma main

 
    qu’est-ce que je cache

    que m’avez vous appris


    votre bouche triomphante avale mon visage

    ma poitrine ce fruit mort ou se nourrit l’insecte

encore une fois de métal et de fleurs empoisonnées comme


    cette tache de sang que je sens glisser derrière mon dos elle ne m’invite à aucun retour

    ce projectile broie toute forme d’oiseau


    les poupées des enfants que je n’ai pas eut se sont endormies sur des taches de lait

    j’aime répéter seule, répétez après moi


    tout un été pâle entre les mains


    tout un été pâle entre les mains

après moi derrière la glace ou derrière la vitre dans mon corps


    je disparais

    je suis déjà morte

 

    morte
    je reviens sur mes pas

pour te dire

que  

 

la lumière est entrée

dans un cercle  :

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 Hervé Guibert, journaliste, romancier et photographe. Quelques mois avant sa mort.

 

                                            http://www.youtube.com/watch?v=zOFh0Lv6jZM

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